J'ai souvent en tête cette image de galère, telles que nous les représentent les livres d'histoire. Enchaînées sur le banc, je rame. Je rame ...  Je rame sans cesse et sans envie. Je suis là, et je vois autour de moi, d'autres compagnes, et compagnons d'infortune, ramer  aussi. 

galère

Pourquoi des victimes ont elles ce besoin de se retrouver ? Ceux qui n'ont jamais été victimes, pensent que c'est par nécessité d'entretenir un mal-être. C'est tellement facile de juger sans savoir. Mais c'est tout le contraire en fait. J'aurais tendance à vouloir écrire "c'est tellement mieux de ne pas se sentir tout seul"  ; mais bien que ce ne soit pas Français, je dirais que la phrase la plus appropriée est sans nul doute "c'est tellement moins pire". 

C'est pour cette raison que l'image de la galère est présente dans mon esprit. Ramer ensemble, pour essayer d'avancer encore. Savoir qu'on n'est pas seul. Même si chaque souffrance est unique, même si chaque douleur est personnelle ; se donner du courage, les uns, les autres, est tellement important. 

Lorsque vous êtes une victime, l'effet réactionnel est forcement là. A plus ou moins grande échelle dans le cerveau, avec plus ou moins de conséquences sur le comportement. Mais une victime, quelle qu'elle soit, ne sort jamais indemne de évènement qui fait d'elle une victime. 

Une victime de mal-traitance au travail, de harcellement,  est à jamais brisée. Et à un moment ou à un autre, malgré la plus grande résistance qu'une personne puisse avoir, elle sombre. La dépression est le point commun à chacune de ces victimes. Là aussi, à des degrés différents. J'écris "degré", et non "valeur" ; parce qu'il n'y a pas  d'échelle de valeur dans la dépression. 

On parle toujours de troubles de stress post-traumatiques (TSPT) à un évènement traumatisant. La dépression est un TSPT, à la mal-traitance au travail,  avec toutes les conséquences qui en découlent pour la personne.

Mais là aussi, les personnes maltraitantes, aiment à dire que c'est exagéré. Parce qu'il y a aussi  une réalité incontournable : c'est toujours celui qui frappe qui dit que ça ne fait pas mal ! 

Et pendant ce temps, vogue la galère pour les victimes, qui pourtant avance comme un bateau ivre. 

Mais il vaut sans doute mieux j'ai cette image de galère, où je ne me sens  pas seule ; plutôt qu'une image de tunnel, dans lequel je  m'épuise à vouloir sortir, alors que la lumière du fond du tunnel recule au fur et à mesure que j'essaye d' avancer ... et que la partie noire est tout aussi  solitaire que traumatisante. 

tunel